Bonjour à tous!
On re-lance le blog...
Pas facile de vous raconter la Centrafrique, et notre quotidien depuis plus d’1 an. Voici un aperçu en couleurs qui vous donnera envie de nous rejoindre. Au programme, une rapide présentation de la RCA, suivie du guide du bon petit humanitaire ! Et en prime des photos (album 1202RCA)...
La Centrafrique…
…Si si, c’est un pays ! J’avoue qu’avant de signer mon contrat avec ACTED je n’en avais jamais entendu parler non plus. La République Centrafricaine, aussi grande que la France et la Belgique réunies, ne compte pas plus de 4 millions d’habitants…. On s’en rend vite compte quand on survole le pays, forêts et grandes étendues à perte de vue, et parfois, au milieu de rien, un petit village : une piste de latérite rouge, et quelques cases en briques et pailles éclatés le long de l’axe.
Colonisé par les français, indépendant depuis 1960 comme beaucoup de ses voisins, ce pays est en régime de conflits perpétuels : coups d’état, rebellions, conflits ethniques… ce qui empêchent le développement du pays, pourtant pourvu de nombreuses ressources naturelles : diamant, or, coton, bois, fruits, et même uranium ! (Areva a un projet d’exploitation, actuellement suspendu vu le contexte international). L’export est quasi nul, et quand il y en a, il ne profite pas tout le temps à l’état.
La grande majorité de la population vit de l’agriculture. Le taux d’analphabétisme est élevé, de même que celui du SIDA et de la mortalité infantile, en particulier liée aux maladies hydriques (en somme, toutes maladies liées au manque d’eau, donc manque d’hygiène, ou eau de mauvaise qualité : diarrhées, typhoïdes, infections oculaires, hépatites, choléra, vers intestinaux,…) et paludisme. Ici, rares sont ceux qui dépasse la cinquantaine…
Les institutions étatiques sont quasi inexistantes, les fonctionnaires ne sont de toutes manières pas ou presque pas payés, et cela concerne aussi l’éducation. Un système de « maîtres parents » a été mis en place : à défaut de profs, les parents de la communauté se mobilisent pour enseigner des rudiments à leurs enfants.
Dans ce contexte, un paquet d’ONG internationales a débarqué en RCA vers 2006-2007, et interviennent dans différents domaines : santé, accès à l’eau, protection, justice, droit de l’homme mais aussi réhabilitation de pistes, construction d’infrastructures communautaires, et à différents niveaux. En fait, dans le jargon humanitaire, on parle de 3 phases : l’urgence, suivie de la post-urgence ou reconstruction, et enfin le développement. Actuellement, en Centrafrique, on est dans de l’urgence dans certaines zones où les exactions des rebelles font encore trop de dégâts et entraînent des mouvements de population : on les appelle les Déplacés Internes, ce sont les gens qui quittent leur village pour rejoindre des centres urbains sécurisés, et s’entassent alors dans des camps où règne la promiscuité. Etrangement, la présence d’ONG dans ces centres de rassemblement leur confèrent des conditions de vie meilleure que dans leur village d’origine : accès aux soins (Médecins Sans Frontière surtout), accès à l’eau (ACTED par exemple, mais pas uniquement), structures d’assainissement, écoles, distributions alimentaires (le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies), et non alimentaires (kits de construction, d’hygiène, et autres). Finalement, les déplacés internes choisissent souvent de rester, même après retour à la normale !
Typiquement, la ville de Zemio (dans le Sud-Est) où j’étais en 2010 correspondait à ce contexte. Dans d’autres zones, telle que celle où nous sommes cette année (Paoua dans le Nord-Ouest), est plutôt en phase transitoire de reconstruction. Les groupes rebelles ont signé des accords de paix avec le gouvernement et leurs dirigeants ont été intégrés dans le paysage politique. On peut alors envisager plus sereinement la mise en place d’infrastructures communautaires en tout genre. Par exemple, le projet pour lequel nous sommes là prévoit entre autres la construction de marchés, gare routière et abattoir.
Allez, assez de tristesse, place à la détente !
L’avion :
Le mode de déplacement le plus adapté pour l’humanitaire, vu l’état des pistes : il faut 3 jours pour parcourir 1000km, avec un bon 4x4 qui supporte les nids de poules, ravines, bourbiers, ponts cassés, etc. Accessoirement, l’avion permet aussi d’éviter de croiser des méchants rebelles.
Les taxis-brousse :
Le mode de déplacement que ne prend pas l’humanitaire. Leur temps de trajet est au moins doublé par rapport à un bon 4x4, vu leur chargement, et l’âge avancé du véhicule. Confortable et sans risque, recommandé pour un voyage en toute sérénité !
Mounjou
Le mot que l’humanitaire entends le plus souvent : ça veut dire « Le Blanc » en sangho, la langue nationale centrafricaine. Proféré surtout par les enfants dès qu’ils t’aperçoivent, l’humanitaire lève alors son bras et agite son salut, telle Miss France défilant dans son carrosse. Peut devenir irritant. Variantes : Mounjou, Zuvoko a bara mo (le blanc, le noir te salue) / Nazara, Moussoungu (le blanc dans d’autres dialectes)….
Castel / Mocaf
Les 2 bières les plus bues par l’humanitaire. En fait elles viennent toutes les 2 de la même usine. Elles sont un peu plus grandes que nos canettes de kro (66 cl la bouteille standard), ce qui explique que l’humanitaire passe pour un alcoolo lors de ses retours en métropole (ouah, la vache, c’qu’elles sont petites ces canettes. Barman, une autre !). Avantage de ces grandes bières : 1/ aident l’humanitaire à se détendre après ses dures journées de labeur et de stress ; 2/ on trouve que ça en brousse ; 3/ elles animent bien les soirées à thème ou t’aimes pas.
Les saisons
Elles perturbent l’humanitaire à son arrivée, ici elles n’ont rien à voir avec les 4 de chez nous. Il y en a des multitudes. Par exemple, la saison des pluies (ça tout le monde connaît), la saison des œufs (c’est pour ça qu’on ne trouve pas tout le temps des œufs au marché. Ça n’a rien à voir avec le fait que les poules, comme les autres bétails, soient en divagation et qu’on sait jamais où elles pondent !), la saison des mangues (il y a quasi 1 manguier par personne dans ce pays. Plusieurs conséquences pendant la saison : 1/ les pluies de mangues, c’est dangereux quand ça tombe sur la tête, et 2/ attention les poignées de main poisseuses, surtout celles des gosses qui s’empiffrent toute la journée….),
la saison pic du paludisme (moins drôle), la saison des briques (en saison sèche, très nombreux sont ceux à se convertir en faiseur de briques. L’inconvénient c’est les trous creusés pour extraire la terre qui sera façonnée et cuite, car ces trous deviennent des nids à moustiques au retour des pluies…..)
La boule
Késako ?? Le met préféré des centrafricains. Pas celui de l’humanitaire !! Pour les gens d’ici, un repas sans boule, ça n’est pas un repas… Cette boule de 10 à15 cm de diamètre est faite à base de farine de manioc, malaxée à de l’eau de tiède, ce qui lui confère une texture pâteuse. Surtout bon avec une bonne sauce, ou du piment…
Au passage, la farine de manioc, ce n’est pas si facile que ça à faire. Le type de manioc qu’on trouve ici contient de l’arsenic, il faut donc plusieurs séchages au soleil pour l’épurer et le déguster.
Le français centrafricain
C’est une adaptation poétique et imagée du français. Par exemple, lorsqu’on lui dit « Bonjour », l’humanitaire doit répondre « Merci ». Au lieu de « Aziz, Lumière ! », ici c’est « Aziz, torche voir par ici ». Bah oui, quoi, on utilise bien une lampe torche ! L’humanitaire apprendra à utiliser le « téléphone de douche » (le pommeau c’est ringard), et que quand « y’a pas assez de problèmes » c’est que tout va bien !
La démerde
Sans aucun doute la plus grande qualité du petit humanitaire ! Réparer des générateurs, faire du pain, du fromage et un potager, gérer des équipes, assumer la compta et l’administratif, communiquer en code radio (charlie tango, ici papa zoulou 2, oscar kilo, terminé), faire de la représentation (sympa les cérémonies protocolaires avec les sous-préfets, on adore), la panoplie d’actions quotidiennes de l’humanitaire se décline à toutes les sauces.
On pourrait également écrire un roman sur le pour et le contre de l'action humanitaire, le capitalisme, l'altermondialisme, refaire le monde en somme. Après 1 an 1/2 d'expérience ONG (et encore, 1 seule ONG, 1 seul pays), nous ne sommes toujours pas en mesure de donner un avis définitif, il y a tellement d'éléments qui rentrent en ligne de compte dans le débat!!! En tous cas, c'est sûr, il y a des aspects très criticables, et heureusement des résultats positifs. Finalement, ptêt ben que c'est bien, ptêt bien que non, y'a pas de solution miracle.......
On va donc arrêter là cet article, pour le reste il faut venir voir sur place !!
Surtout on souhaite à tous une très bonne année, et de bien en profiter, il paraît que c’est la dernière !!
Bizzzzz
